France, Emirats arabes unis : Ce qu’a dit le président Tebboune

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, est revenu, samedi soir, sur l’état des relations entre l’Algérie et la France, dans un contexte de crise depuis juillet 2024.

Interrogé sur la récente visite à Alger de la présidente de l’association France-Algérie (AFA), Ségolène Royal, le chef de l’État a choisi de ne pas s’exprimer sur le dossier franco-algérien. « Si tu permets et en toute démocratie, je ne réponds pas en ce qui concerne la France », a-t-il déclaré, lors de son entrevue avec les médias nationaux, diffusé sur la télévision et la radio algériennes. Le président Tebboune a toutefois tenu à exprimer son respect à l’égard de l’ancienne ministre française, saluant « son courage, son honnêteté intellectuelle et sa franchise ». « Elle est la bienvenue », a-t-il ajouté.

Concernant la possibilité d’une visite en Algérie du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, le président a indiqué que cette initiative relevait d’abord de la responsabilité de l’intéressé. « C’est une déclaration qui le concerne, elle ne me concerne pas. S’il veut venir, il est le bienvenu », a-t-il dit.

À propos du dispositif exceptionnel concernant le retour de ressortissants algériens en situation irrégulière, le chef de l’État a précisé qu’il ne s’appliquait pas aux personnes faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français. « Le problème des OQTF concerne les pays d’accueil », a-t-il expliqué. Revenant sur le refus de l’Algérie d’accueillir certains ressortissants concernés par ces mesures durant le mandat de l’ancien ministre français de l’Intérieur, Bruno Retailleau, le président Tebboune a apporté plusieurs précisions.

« Pour les OQTF, nous les avons refusées à un ministre parce qu’il se permettait de prendre des Algériens, que j’ai juré de protéger, de les mettre dans un avion et de les renvoyer en Algérie. Ces Algériens ont des droits. Ils vivent en France depuis 10 à 15 ans. Il faut respecter leurs droits. Si la justice ordonne leur expulsion, il y a un recours. Nous avons des accords qui régissent cela. L’Algérie doit être informée, le consul doit rendre visite à la personne frappée d’une OQTF… Si tout est en règle, il signe le laisser-passer », a-t-il détaillé, avant d’ajouter : « Celui qui veut humilier ou ridiculiser l’Algérie n’est pas encore né ».

Sur le plan économique, le président Tebboune a accusé, sans la citer directement, la France d’entraver les discussions entre l’Algérie et l’Union européenne et de mener une action hostile contre les intérêts économiques algériens, notamment dans le secteur de l’acier. Il a rappelé, à ce titre, que l’Algérie entretient de bonnes relations avec plusieurs pays européens. « Nous avons de bonnes relations avec les pays, notamment avec nos amis italiens, espagnols, allemands, et d’autres pays », a-t-il déclaré.

Il a également dénoncé certaines attitudes visant, selon lui, à alimenter l’hostilité envers l’Algérie. « Mais il y a certains pays qui incitent à la haine contre l’Algérie, en croyant que nous allons succomber à ces méthodes viles », a-t-il affirmé. À propos des quotas d’exportation vers l’Europe, le président Tebboune a indiqué que « l’UE attribue à l’Algérie un quota pour chaque trimestre, quantité qui est totalement consommée en 12 jours, alors que 85 % des achats de l’Algérie proviennent d’Europe et que normalement il y a du libre-échange ».

Dans ce contexte, il a justifié la demande algérienne de révision de l’accord d’association. « C’est pour cela que nous avons demandé la renégociation de l’accord d’association. En réalité, il y a un consensus, moins un », a-t-il déclaré, faisant allusion à un pays qu’il accuse, sans le nommer, de « répéter ses erreurs » avec l’Algérie.

Le chef de l’Etat a rappelé l’exemple de l’embargo imposé au vin algérien après l’indépendance, qui a conduit l’Algérie à « arracher ses vignobles ». Il est revenu sur cette période en affirmant : « Après l’indépendance, ils nous ont laissé des usines de fabrication de boissons alcoolisées à Médéa, Oran, Tlemcen… Ensuite, ils ont décidé de ne plus acheter le vin algérien dans l’objectif de nous faire regretter notre indépendance. Le président Boumédiène a ordonné l’arrachage des vignobles. Ils ne veulent pas comprendre qu’il ne faut pas faire du chantage à l’Algérie ». Il a conclu sur ce point par cette remarque : « C’est bizarre, avec les grands, on s’entend ».

Dans le même esprit, il a rappelé que l’Algérie « entretient de bonnes relations, cordiales et amicales avec de nombreux pays, des relations fondées sur l’intérêt mutuel ». Il a aussi évoqué les « relations privilégiées » avec plusieurs partenaires européens, ainsi que de « bonnes relations » avec les États-Unis, la Russie et la Chine.

Les Émirats arabes unis

Interrogé sur les relations de l’Algérie avec l’Arabie saoudite, l’Égypte et le Qatar, le chef de l’État a déclaré : « Ce sont des relations plus que fraternelles ». Il a ajouté : « Ce qui touche l’Arabie Saoudite nous touche », « nous avons d’excellentes relations avec la famille Al Jabir (du Koweït). Ce sont des gens de parole », et, au sujet du Qatar, « vous voyez où nous sommes arrivés ensemble ». Pour l’Égypte, il a rappelé que les deux pays partagent « 70 ans d’histoire ».

Le président Tebboune a par ailleurs adopté un ton très ferme à l’égard des Émirats arabes unis, sans les citer explicitement. Il a déclaré : « Il reste un État, pour ne pas dire un mini-État, qui gesticule ». Le président a affirmé que ce pays s’est ingéré dans les processus électoraux en Algérie. « Ils s’immiscent dans nos élections, dans la première puis la deuxième élection. Ils se sont mêlés de telle et telle autre affaire », a-t-il dénoncé.

Il a également évoqué la menace d’un recours à l’arbitrage international. « Ils menacent de nous appauvrir rien qu’avec l’arbitrage international. Qu’ils aillent à l’arbitrage ! », a-t-il lancé, avant d’adresser cet avertissement : « Ne nous laissez pas regretter le jour où nous vous avons connus. »

Cette prise de position intervient alors que l’Algérie a engagé une procédure pour mettre fin à la convention aérienne signée entre les deux pays en 2013. Selon l’APS, la dénonciation de la convention aérienne prévoit la fin des facilités accordées aux compagnies des deux pays, notamment en matière de droits de trafic et d’exonérations.

Pour rappel, l’Algérie dénonce depuis plusieurs mois les agissements des Émirats dans la région. « Partout où il y a des conflits, l’argent de cet État est présent, au Mali, en Libye, au Soudan », avait déjà déclaré le président Tebboune à propos de ce pays du Golfe.

Enfin, le chef de l’État a évoqué les relations de l’Algérie avec ses voisins et plusieurs pays de la région. À propos de la Mauritanie, il a souligné que l’Algérie « tente d’aider ce pays voisin dans la mesure du possible », notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation, ajoutant que « nos relations avec les Etats sont désintéressées » et que « la Mauritanie est libre dans ses relations ».

S’agissant du Niger, il a indiqué « avoir beaucoup de respect pour son actuel président, Abdourahamane Tiani » et annoncé l’envoi d’une invitation officielle pour une visite en Algérie. Concernant le Mali, le président Tebboune a rappelé « l’histoire commune » entre les deux pays et mis en garde contre ceux qui s’y rendent « pour l’armement et la spoliation des biens ». Il a qualifié les relations avec le Burkina Faso de « bonnes » et réaffirmé la volonté de l’Algérie de les « renforcer davantage ».

Au sujet de la Libye, le président Teboune a souligné que « tout ce qui touche ce pays touche aussi l’Algérie ». Il a insisté sur la nécessité de « permettre aux Libyens de décider de l’avenir de leur pays et de choisir leurs représentants », mettant en avant l’importance des élections législatives dans le processus politique, conformément aux orientations des Nations unies.

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