À Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, la situation d’un ressortissant algérien placé en rétention administrative suscite une mobilisation inhabituelle d’avocats. En cause, des prolongations successives de rétention sans perspective d’expulsion vers l’Algérie, dans un contexte de tensions diplomatiques entre les deux pays. L’affaire a été examinée lundi 9 février 2026 par la cour d’appel de Bordeaux.
L’audience s’est tenue dans la salle E de la cour d’appel de Bordeaux, sous la présidence d’Emmanuel Bréard. Elle portait sur la troisième prolongation de la rétention administrative d’un Algérien âgé de 24 ans, placé au centre de rétention administrative (CRA) de Bordeaux. La décision de prolongation avait été prise le matin même par la préfecture, rapporte le média Rue89.
Maître Quentin Debril, avocat du ressortissant algérien, a interjeté appel à 11 heures et a reçu une convocation pour une audience fixée à 14 heures. À cette occasion, plusieurs avocats bordelais, dont Maîtres Pierre Lanne, Sophie Chevallier-Chiron, Yasmine Djebli, Corentin Boyer, Amandine Gast, Yoann Goinguene, Sarah Lavallée et Hugo Vinial, se sont mobilisés en lien avec l’Institut de défense des étrangers (IDE).
Une rétention administrative prolongée à plusieurs reprises
Le ressortissant algérien a été placé en rétention administrative le 9 décembre 2025, à sa levée d’écrou, par un arrêté du préfet de la Corrèze. Il se trouvait en situation irrégulière sur le territoire français et faisait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF).
Une première prolongation de la rétention est intervenue le 13 décembre 2025, suivie d’une seconde le 8 janvier 2026. La loi prévoit que chaque prolongation peut durer jusqu’à 30 jours, dans la limite de 90 jours de rétention continue. Les avocats soulignent toutefois qu’à l’issue de cette période, la personne peut être libérée puis interpellée de nouveau après un court délai.
Les arguments avancés par les avocats de la défense
Les avocats dénoncent une situation qu’ils qualifient de « sans issue », en raison de l’absence de perspective d’éloignement vers l’Algérie. « Depuis le printemps dernier la crise diplomatique entre les deux pays s’aggrave et l’Algérie refuse d’accueillir les expulsés. Une troisième prolongation est demandée sans aucune perspective de reconduite, et après ? », a déclaré Maître Pierre Lanne.
Maître Quentin Debril a rappelé que la loi n’autorise la rétention administrative « que pour le temps strictement nécessaire au départ ». Il a également souligné l’impact de cette situation sur le ressortissant algérien, père d’une fille née en France, dont la rétention se prolonge sans qu’un laissez-passer consulaire ne soit délivré.
Une situation liée au contexte diplomatique franco-algérien
Selon les avocats, l’impasse judiciaire est directement liée à la crise diplomatique entre la France et l’Algérie, Alger refusant actuellement d’accueillir certains ressortissants faisant l’objet d’une OQTF. « Vous ne vous êtes pas trompé une fois, vous vous êtes trompé 100 fois », a lancé Maître Lanne à l’adresse de la préfecture lors de l’audience.
Tebboune sur l’affaire des OQTF
« Celui qui veut ridiculiser ou humilier l’Algérie n’est pas encore né. » pic.twitter.com/f4hQtl9EqP
— LeLien (@LeLienofficiel) February 7, 2026
D’après des déclarations du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, les ressortissants algériens représenteraient environ 40 % des personnes retenues dans les centres de rétention d’Île-de-France. À l’échelle nationale, cette proportion atteindrait 44 %. Cette situation concerne donc d’autres dossiers similaires examinés par les juridictions françaises.
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Source : ObservAlgerie

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