Une étude du cabinet américain North Africa Risk Consulting (NARCO) qualifie le gazoduc Nigeria – Maroc de projet pharaonique et peu réaliste sur le plan économique. Selon le rapport, la réalisation du projet nécessiterait entre 25 et 38 milliards de dollars et mettrait près de trois siècles à générer des bénéfices.
Le projet, rebaptisé Africa Atlantic Gas Pipeline (GAA), prévoit un tracé de 5 600 kilomètres le long de la côte atlantique, traversant treize pays africains avant d’atteindre le Maroc et l’Europe. La capacité annoncée est de 30 milliards de mètres cubes de gaz par an, dont une partie devrait être destinée au marché européen.
L’étude de NARCO indique que la majeure partie du gaz transporté serait absorbée par les pays traversés ou par les besoins internes du Maroc. Selon le cabinet, “les 400 millions de personnes incluent 168 millions d’habitants au Nigeria, où l’approvisionnement est déjà assuré”. Le nombre réel de bénéficiaires, selon NARCO, serait d’environ 40 millions. Les volumes restant au Maroc seraient de 12 milliards de mètres cubes après consommation interne estimée à 3 milliards de mètres cubes, inférieurs aux 44 milliards exportés chaque année par l’Algérie vers l’Italie et l’Espagne.
L’étude note également que chaque pays traversé pourrait conserver 5 % du gaz transporté, réduisant la quantité finale disponible pour l’exportation.
Coût et rentabilité
Le coût initial du gazoduc Nigeria – Maroc est estimé à 25 milliards de dollars, mais pourrait atteindre 38 milliards selon NARCO, ce qui placerait ce projet parmi les plus chers du monde. L’exemple du gazoduc Medgaz, reliant l’Algérie à l’Espagne, est mentionné : inauguré en 2009, il a commencé à générer des bénéfices en 2021, soit douze ans après sa mise en service. Le cabinet calcule que le GAA mettrait 288 ans pour amortir l’investissement.
Le Trans-Saharan Gas Pipeline (TSGP), projet algérien, est présenté par NARCO comme plus réaliste. Le TSGP relie le Nigeria à l’Algérie via le Niger sur 4 200 kilomètres et traverse trois pays seulement. La majeure partie de l’infrastructure est déjà existante en Algérie et au Nigeria, et le coût total est estimé à 13 milliards de dollars.
Le ministre nigérian de l’Énergie a qualifié le TSGP de “pilier stratégique” lors d’une rencontre à Doha en octobre 2025 avec son homologue algérien. Les trois pays impliqués ont signé en février 2025 des accords pour actualiser l’étude de faisabilité confiée au cabinet britannique Penspen.
Position des responsables marocains
Le projet marocain est soutenu par la CEDEAO, la Banque islamique de développement et le fonds de l’OPEP. Selon Geoff Porter, président de North Africa Risk Consulting (NARCO), le palais royal marocain “apprécie les projets considérés comme vaniteux, qui permettent de présenter la monarchie comme innovante”. Il ajoute que Amina Benkhadra, directrice de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), et Leila Benali, ministre de la Transition énergétique, “sont toutes deux conscientes de la non-viabilité du projet, mais qu’elles doivent le promouvoir”.
L’étude souligne que les délais pour la publication finale de l’étude de faisabilité du GAA, initialement prévue en 2024, ont été repoussés au premier semestre 2026 en raison du manque de données techniques et d’acheteurs engagés.
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Source : ObservAlgerie